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lopinion.fr  · by Alexandre Jardin · December 20, 2013

Pour une révolution de la confiance en la société civile

Pour une révolution de la confiance en la société civile

Les faits – Chronique d’Alexandre Jardin, auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels « Bille en tête » et « Fanfan».

Je déteste tout ce que je vais écrire dans cet article déplaisant ; mais mieux vaut voir les choses en face. Elles doivent indigner tout démocrate sincère. Pourquoi le Front National est-il cru par la rue lorsqu’il parle d’UMPS ? Parce que cette contraction boiteuse renferme un gros morceau de vérité que perçoit le peuple – pas seulement en raison de l’européisme de ces deux formations accolées. Les malveillances glissent ; les vérités entrent en résonance. Voilà qui m’effraie. Lorsqu’on laisse aux fripouilles le loisir d’énoncer des vérités sues par les Français et niées par les élites, c’est dangereux. Ce genre de débilité nous mitonne des lendemains glaçants : l’année prochaine, le FN marinesque (gauchisé donc), après avoir rameuté le vote d’extrême droite et siphonné une bonne part des voix de la gauche populaire, deviendra sans doute le premier parti de France. En laissant ces venimeux formuler certains non-dits français énormes, les Républicains laissent le clan Le Pen faire main basse sur la confiance des braves gens pour se frayer un chemin vers le pire.

Bien sûr, il est malhonnête de dire que l’UMP ruine le pays à la même cadence que le PS – exceptionnellement performant pour démotiver les agents économiques et pulvériser la confiance – mais, par-delà les différences apparentes ou réelles de programmes, les méthodes de gouvernement du réel du PS et de la droite au pouvoir présentent d’angoissantes similitudes. Quoi qu’il arrive, l’énarque règne dans les cabinets, instille ses méthodes à effet marginal (ou nul) et tente d’agir par les outils rouillés de l’Etat et de la loi (vive les « boîtes à outils » !) au lieu de faire une confiance franche à la société civile. Pour se donner l’illusion d’agir, l’UMPS aux manettes bricole systématiquement des lois énarchiques (sur le logement, l’emploi, etc.), comme si la loi était un moteur (croyance tout de même surréaliste). Alors que les œuvres d’importance ont toujours été accomplies par des hommes déterminés, pas par des circulaires.

Prisonniers de leur culture hiérarchique et administrative qui s’autocélèbre sans fin, nos mini-Colbert imposent à chaque fois leur mode d’action fictif et leur tutelle administrative sur la nation qui, dès lors, en est réduit au rang de… mini-nation composée de mini-citoyens gonflés d’énormes colères. A chaque alternance, tout change en apparence pour que rien ne change. Les programmes varient, pas les méthodes, ni la défiance atavique à l’égard d’une société qui fermente.

L’horrible vérité est que depuis trente ans notre classe politico-administrative perpétue et affermit son contrôle absolu et tatillon sur la société, ce qui fait d’elle moins la solution que le problème. Je suis consterné d’avoir à souligner ici l’une des raisons de l’envolée du FN, pas forcément consciente mais devinée par les trinqueurs de nos cafés. Tant que les mini-Colbert qui pullulent à l’UMP et au PS renâcleront à faire une alliance intime et opérationnelle avec la société, bref à opérer une révolution culturelle d’ampleur, les mêmes causes produiront les mêmes effets. A l’abri d’idéologies présentables et d’un discours lénifiant sur l’intérêt général ou la justice, notre classe dirigeante continuera à MONOPOLISER le pouvoir au lieu d’en DONNER à la société civile.

Il n’est pas de politique menée par cette classe impotente, ivre de com, qui n’ait pas abouti à renforcer sa tutelle sur notre peuple : le 1 % logement phagocyté par eux, la priorité démente accordée par la gauche comme par la droite au traitement social du chômage (l’énarque épanoui a alors le sentiment d’agir), réglementations écologiques diverses (donne à l’énarque chlorophileux le sentiment de faire le bien), modalités obscures et tortueuses du crédit compétitivité (qui permettent à l’énarque qui a eu de bonnes notes à vingt ans de garder la main), contrats de génération dernier cri (jouissance de l’énarque), etc. Cette logique morbide finit toujours par dévitaliser la société civile pour assurer, in fine, l’hégémonie de la classe politico-administrative qui contrôle une part croissante de notre PIB.

Et quand cette classe (sciencepotard, j’ai failli en être) fait mine de collaborer avec la société civile, elle choisit et célèbre des partenaires – sociaux notamment, ou associatifs – assez faibles pour rester sous sa coupe et qui, surtout, ne songent pas à contester sa domination (jugée forcément morale, la piétaille civile étant réputée vile, égoïste ou de courte vue). Alors que gouverner efficacement une société moderne suppose de donner beaucoup de pouvoir aux autres – aux entreprenants mutualistes, privés ou associatifs de tous poils  –, non de l’accaparer. La force d’un Etat ne se fonde que sur une société civile vivante, auto-organisée et puissante. Voilà ce que sent la rue française qui croit, hélas ! la fille Le Pen lorsqu’elle jubile en évoquant « l’UMPS ».

Jusqu’à quand notre société civile consentira-t-elle à se laisser dévitaliser, corneriser, infantiliser ? Jusqu’à quand coopérerons-nous avec cette dinguerie sans fin qui vautre le pays dans l’impuissance ? Y aura-t-il un jour une vraie révolution culturelle à l’UMP pour balayer cette logique délétère qui entrave notre peuple ? La gauche mutualiste, coopératiste et associative cessera-t-elle enfin de s’aplatir devant les maniaques de l’étatisme qui tiennent la rue Solférino ? J’appelle ici à une RÉVOLUTION DE LA CONFIANCE en la société civile. A gauche comme à droite. Sinon, qui chez les démocrates sincères donnera le signal de la rébellion ? Avant que les sbires du FN ne déboulent et, caracolant un jour à l’Elysée, nous démontrent que l’UMPS, c’était vrai. Alors nous claquerons la porte au monde globalisé au lieu de l’attaquer de toutes nos forces civiles.

Qu’en pensez-vous ? Engueulez-moi !

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