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Onze milliards. C’est le nombre d’habitants que devrait compter la Terre en 2100, d’après un rapport de l’ONU publié en juin dernier. Une prévision revue à la hausse puisque le précédent rapport, datant de 2010, tablait plutôt sur une population de 10,1 milliards en 2100. Une perspective alarmante, au vu des ressources de la Terre. Comment endiguer cette croissance ? Petit tour non-exhaustif de la question.

La population mondiale n’est donc pas en train de se stabiliser. Rien qu’en 2012, 82,1 millions de Terriens supplémentaires ont rejoint les rangs. L’augmentation la plus importante depuis 1994.

En prenant en compte les tendances actuelles, l’ONU a établi trois scénarios, du plus optimiste (6,8 milliards de Terriens en 2100) au plus pessimiste (16,6 milliards d’individus en 2100). Le scénario médian, le plus probable, estime la population mondiale à 8,1 milliard en 2025, 9,6 en 2050 et 10,9 en 2100. Une hausse de 800 millions en 2100 par rapport aux chiffres de 2010.

Pour Claude-Michel Loriaux, professeur émérite à l’UCL, socio-démographe, il y a de quoi s’inquiéter. « Il y a eu une vague d’optimisme dans les années 2000-2010. On pensait à une stabilisation autour de 9 milliards et en dessous. C’est une source de problèmes pour la planète, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. De 7 milliards aujourd’hui à 11 milliards en 2100, il y a une différence de quatre milliards. C’est une valeur dont on ne parlait même pas en 1950, il n’y avait alors que 2,5 milliards de Terriens. Et ce n’était déjà pas si facile en 1950…« , nous explique-t-il, en ajoutant que lui-même a changé d’avis au cours de sa carrière. « Il y a quelques années, j’avais tendance à dire que les cris d’alerte n’étaient pas justifiés, que c’était une défense des pays occidentaux contre la croissance des pays pauvres. Mais aujourd’hui, on ne peut pas nier qu’il y aura des problèmes, en terme de ressources, de santé, d’éducation… »

En effet, déjà aujourd’hui, avec « seulement » un peu plus de 7 milliards d’individus, nous utilisons l’équivalent de 1,5 planète chaque année. En 2050, selon des scénarios modérés de l’ONU, nous aurons besoin de deux planètes pour subvenir à nos besoins, rapporte le Global Footprint Network. En tout cas, si nous continuons à vivre de la même façon…

Sans compter que l’augmentation de la population accélère le réchauffement climatique.

La population africaine va plus que tripler

Comment expliquer que les prévisions pour 2100 soient revues à la hausse ? C’est la fécondité dans l’Afrique sub-saharienne qui crée l’écart, selon John Wilmoth, directeur de la démographie au département des affaires économiques et sociales de l’ONU, cité par Le Matin.

L’Afrique passera ainsi de 1,1 milliard d’habitants actuellement à 4,2 milliards en 2100 ; alors que la population du reste du monde ne devrait augmenter que de 10%. En Europe, elle devrait même baisser de 14%. Le taux de natalité est en effet trop bas en Europe actuellement (1,5 enfant par femme) pour permettre un renouvellement de la population et cela ne devrait pas beaucoup changer d’ici 2100 (1,9 enfant par femme).

Un autre facteur qui explique ce boom de population est l’allongement de l’espérance de vie. D’ici 2100, la population des plus de 60 ans devrait tripler : 841 millions en 2013 pour 3 milliards en 2100. Actuellement, 66% des plus âgés vivent dans les régions les moins développées. Ce chiffre devrait passer à 85% en 2100.

Limiter les naissances en Afrique ?

Quelle est dès lors la solution ? Faut-il limiter les naissances en Afrique ?

« L’importance de réinvestir dans la planification familiale, notamment en Afrique, est largement évoquée dans les colloques. Certains considèrent que ces investissements ont été détournés vers la lutte contre le VIH-Sida« , expliquait en 2011 le démographe de l’UCL Bruno Schoumaker à La Libre.

Selon l’UNFPA, le Fond des Nations Unies pour la population, en 2012, 222 millions de personnes dans les pays en développement n’ont pas eu accès au planning familial. Il en résulte de nombreux avortements, mortalité infantile, pauvreté…

Selon une étude citée par l’UNFPA, si le taux de natalité baissait de seulement un enfant par femme au Nigeria dans les 20 prochaines années, la croissance économique du pays bondirait.

Or, dans les nouvelles prévisions démographiques de l’ONU, le Nigeria est justement l’un des pays pointé comme ayant une démographie galopante…

Mais pour Jean-Michel Loriaux, le planning familial et l’accès à une contraception n’est pas forcément la solution. « Les politiques de planning n’ont pas toujours été efficaces. Moins efficaces en tout cas que la transformation naturelle des sociétés. En Asie, les populations ont réduit leur fécondité en même temps que la croissance économique arrivait. On a cru que maîtriser la population, c’était facile avec la contraception. Et en plus, ce n’est pas cher. Mais il faut du développement aussi. On ne change pas les cultures comme ça…« , note-t-il.

Limiter la population occidentale

Où agir alors ? Certains estiment que c’est vers les pays développés qu’il faut regarder.

Le Monde cite une étude de l’université de l’Oregon qui estimait, en 2009, qu’un bébé né aux Etats-Unis était responsable de l’émission de 1644 tonnes de CO2, soit 91 fois plus qu’un bébé né au Bangladesh. C’est donc là qu’il faudrait agir…

C’est également l’avis de Joergen Randers, coauteur du rapport du Club de Rome en 1972 (le rapport « Halte à la croissance ? » avait été controversé), qui dans une interview au Corriere de la Sera, , affirme que les systèmes politiques autoritaires sont nécessaires pour enrayer la démographie galopante. Et de « demander aux jeunes d’avoir ‘le moins d’enfants possible, surtout dans les pays industrialisés où un enfant consomme en moyenne 40 à 60 fois plus de ressources et d’énergie qu’en Inde’ ».

C’est aussi le mode de vie des pays occidentaux que remet en cause le démographe Hervé Le Bras, interrogé en 2009 par Sciences Humaines, qui constate que les craintes actuelles sont dues au fait que les pays en développement tendent à rattraper les pays développés tant niveau du régime alimentaire (plus de viande) qu’au niveau du mode de vie (et donc de la production de CO2). « Les pays développés se servent de l’argument démographique pour rejeter la responsabilité sur des pays peuplés et en croissance démographique comme la Chine ou l’Inde. Entretenir l’angoisse populationnelle est une façon de ne pas remettre en cause la structure de la consommation des pays les plus riches« , expliquait-t-il.

Une opinion que partage le professeur émérite de l’UCL que nous avons contacté. Il ne croit cependant pas qu’il faut limiter les naissances en Occident. « Limiter la population en Occident ? On est déjà en déclin démographique ! Si les populations augmentent c’est uniquement à cause de l’immigrationJe ne suis pas sûr qu’on est prêts à faire les concessions et les changements de modes de vie et d’organisations collectives qui permettraient de réduire la croissance démographique. Il y a plus d’un demi-siècle qu’on connait le problème, et rien n’a changé… »

Mortalité

Mais finalement, la croissance démographique n’est jamais que la différence entre la mortalité (moins élevée qu’avant grâce aux progrès médicaux) et les naissances. Pour Jean-Michel Loriaux, rien n’exclut que la mortalité reparte à la hausse, « avec des épidémies, des conflits autour des ressources, des terres, de l’eau. A un moment, la croissance de l’Afrique a été ralentie par l’épidémie du sida« .

Une économiste avance même que la troisième guerre mondiale sera une guerre des ressources.

Jean-Michel Loriaux nuance cependant quelque peu: « Faire régler le problème de la démographie par une disparition d’une partie de l’humanité n’est pas souhaitable« . Et de préconiser une solution multi-factorielle, qui impliquerait un changement des modes de vie et mentalités aussi bien au Nord qu’au Sud.

Repenser l’agriculture ?

En attendant, d’autres prennent le problème par un autre bout. Si la Terre ne suffit pas à nourrir et faire vivre tous les humains peut-être faut-il repenser l’agriculture ?

En 2011, des chercheurs ont publié une étude dans la revue Nature. En compilant toute une série de données, ils ont établi un plan en cinq point pour doubler la production alimentaire mondiale tout en réduisant son impact sur l’environnement. Parmi les changements préconisés, selon Le Monde : un meilleur choix des cultures et une formation des paysans pour améliorer le rendement, plus cultiver pour l’alimentation humaine et moins pour le bétail ou les agrocarburants, réduire le gaspillage…

Il n’y aurait donc pas une solution mais plutôt plusieurs défis à relever. Et, comme dans la lutte contre le réchauffement climatique, cela devra sans doute passer par un changement des mentalités.

Julie Calleeuw (@julbille)

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