Par  – Publié le 18 avril 2014, à 10h05

Le nouveau pape : Jorge Bergoglio
© D.R. – Aibdescalzo – C.C.

    À la veille des fêtes de Pâques, le magazine anglo-saxon The Economist rend hommage aux talents de managers du pape François. Des leçons de leadership à méditer par tout chef d’entreprise.

Pour The Economist, le pape François a réussi à réactualiser la plus vieille multinationale de l’histoire : l’église catholique romaine. La « RC Global », comme la nomme, le magazine s’est choisie un chef qui n’a rien à envier à Lou Gerstner qui transforma IBM ou à Steve Jobs. « La Harvard Business School doit ajouter un nouveau cas d’entreprises à sa banque de données », assure l’article qui pointe trois facteurs clés de succès :

1. Le recentrage stratégique. Le pape François a redéfini la mission de l’Église de manière claire et précise : « aider les pauvres ».

2. Le repositionnement du discours de marque. L’Église a conservé ses positions sur l’avortement ou le mariage mais elle a affirmé ses positions de manière plus « soft », avec plus d’humilité ; « qui suis-je pour juger », répond sans se lasser le pape François à ceux qui tente de le piéger sur ces questions. Ce discours moins culpabilisant rejaillit ainsi sur l’image de marque de l’Église.

3. La restructuration de l’organisation. Le pape, qui a engagé une réforme de fonds de la curie (une sorte d’assemblée législative de l’Église), a aussi cherché à se libérer d’institutions sclérosées. En mettant en place un ministère de l’économie, en introduisant des cabinets de conseil extérieurs et surtout en créant le C8 (un conseil de 8 cardinaux que le Pape réunit toutes les semaines), il s’est doté d’outil pour penser « out of the box ».

Management intermédiaire déboussolé

Pour être complet, il faudrait ajouter deux autres facteurs clés de succès à ceux révélés par The Economist :

-l’exemplarité : le Pape François demande à l’Église de se rapprocher des pauvres mais s’y astreint lui-même en réalisant des actes symboliques forts. Le choix du nom François en était un, celui de l’abandon de la « papamobile » siglée Mercedes aussi, le fait d’intégrer la maison Sainte Marthe, plus modeste que les appartements pontificaux également tout comme son choix d’abandonner le luxueux décorum.

-l’autre facteur clé, c’est son talent pour le « faire savoir ». François -@pontifex sur Twitter– use de tous moyens pour faire connaître son travail et rallier ses salariés (pardon !), ses fidèles à sa cause. Cela fonctionne plutôt (près de 90% des catholiques l’apprécient).

Cette transformation rapide de la forme n’est toutefois pas sans poser problème à une partie de son management intermédiaire. Certains prêtres -puisque c’est d’eux que l’on parle- sont déboussolés par la nouvelle inflexion stratégique. Une perturbation assumée par le pape dans l’entretien qu’il a accordé aux revues jésuites : « cherchons à être une Église qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas. » Autrement dit, il leur propose de retourner sur le terrain pour écouter mieux leur « marché » et innover dans la manière de proposer la foi catholique. The Economist a raison : la transformation de la plus vieille multinationale de l’histoire est bien en cours.

Thibaut De Jaegher

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